Bénichon, d’où viens-tu ?

Le mot Bénichon vient du latin "benedicto", en français "bénédiction". Son origine date du Moyen-Age où l’on célébrait dans chaque ville ou village la bénédiction de l’église dans l’année suivant sa commémoration.

L’aspect religieux a très vite été agrémenté par un côté festif: l’office religieux était suivi d’un repas pantagruélique qui réunissait tous les membres de la famille et de nombreux amis. L’objectif était de garder les invités le plus longtemps possible jusqu’à épuisement de la nourriture. Bouffons, pitres et acrobates se produisaient également sur la place du village. Une fois "sa" Bénichon terminée, on se rendait dans le village voisin et ainsi de suite. Si bien que certains mois, il y avait plus de jours fériés que de jours de travail.

Les autorités fixent les dates de Bénichon

Face à ce constat, les autorités décidèrent en 1747 de séparer l’aspect religieux et l’aspect festif. Alors que chaque paroisse gardait la liberté de commémorer la bénédiction de son église à la date souhaitée, les grandes fêtes devaient être concentrées à une date fixe, soit le deuxième dimanche de septembre pour la plaine et le deuxième dimanche d’octobre pour la montagne. Avec quelques exceptions: fin juillet pour le Lac-Noir, fin août pour Romont et Estavayer-le-Lac, novembre pour la Singine.

Toutefois si la Bénichon se déroulait en début d’automne, c’était surtout pour des raisons d’approvisionnement. Les cuisiniers avaient à disposition les légumes du jardin, les fruits, le mouton de la montagne et des réserves de beurre et de crème pour les pâtisseries. Les paysans de montagne retrouvaient également leurs proches après avoir passé l’été à l’alpage. C’était aussi l’occasion de payer l’armailli ou le garde-génisses en l’invitant au repas avec sa famille.

4 jours de fête

La fête durait en principe quatre jours: dimanche, lundi, mardi et…mercredi pour les sommelières, disait-on!
Composé de spécialités culinaires et de plats campagnards, le repas se préparait  généralement avec les éléments suivants (jusqu’à la première moitié du XXème siècle):

  1. Cuchaule – moutarde-beurre
  2. Bouilli
  3. Ragoût d’agneau aux raisins – pommes purée – poires à botzi
  4. Jambon – saucisson – choux – haricots
  5. Gigot d’agneau à l’ail – pommes boulangères – salades aux carottes rouges
  6. Planche de fromage
  7. Meringues – crème au baquet – corbeille de fruits
  8. Beignets- bricelets – pains d’anis – croquets – cuquettes

Certaines spécialités venaient également accompagner ce repas selon les régions. En Singine, on préparait le hachis de mouton. A Treyvaux, le hachis de tête de mouton émincé au couteau. A Charmey, on servait la soupe à la viande et à Portalban la friture de bondelles.

Après le repas, la jeunesse frétait un grand char pavoisé de verdure, et rendait visite à ceux qui l’invitaient à boire et à danser. Les enfants s’amusaient sur une immense balançoire faite d'une planche de sapin hautement enchaînée à la charpente de la grange. Le soir, les villageois se réunissaient pour danser et festoyer.

Aujourd’hui, la tradition de la bénichon perdure et les habitudes culinaires varient selon les régions. Les sociétés de jeunesse continuent également à entretenir cette fête tout comme les restaurateurs. Pour retrouver cette ambiance de fête alliant tradition et modernité, venez nous rendre visite à La Grande Bénichon

 

Source:
Valérie Clerc : "Le goût de la fête: modalités et transformations de la bénichon comme reflets de la société"
Fribourg Illustré: "La Bénichon, anciennement dédicace ou vogue"
Michel Gremaud: "Esprit de Bénichon, où es-tu?"
Dictionnaire historique et biographique de la Suisse
Articles parus dans l’almanach "Chalamala"